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conférence à l'université d'oran Colloque international sur : L’équivalence fonctionnelle Dans la traduction
Université d'Oran
Colloque international sur :
L’équivalence fonctionnelle
Dans la traduction
Communication au colloque de traduction de
L’école doctorale
Le 8/9 décembre 2010-12-05
Le poète du Malhoun dans l’œuvre de
‘’Marguerite’’ de Ahmed Bencherif
Présenté par :
M.Ahmed Bencherif ‘’ écrivain et poète’’.
TOME I
Disons tout de suite que l'œuvre est originale, élaborée sur une enquête minutieuse et une analyse objective des données historiques du dernier quart du 19ème siècle dont elle relate les évènements majeurs de la colonisation de l'Algérie. C'est une période riche en drames, oui la richesse n'est pas souvent pure et saine et les grands écrivains français, métropolitains dis-je, ne s'y penchèrent guère et ne l'avaient pas intégrée dans leurs travaux.. Censure? Manque de motivation? Pourtant ce drame était connu en France et nous avons deux témoignages et pas des moindres: Victor Hugo militait pour donner l'instruction publique aux enfants indigènes; Stendhal dénonçait les exactions. Bien sûr, l'un et l'autre le faisaient timidement. Quant aux écrivains algériens, qui avaient écrit, ils évoluèrent dans leurs travaux autour de la misère à la Jean Val Jean de Victor Hugo. Ils n'avaient pas restitué le contexte historique de l'époque étudiée. Car on n'y voit vraiment pas les valeurs propres du peuple, ni ses caractères distinctifs, encore moins la fortune qu'il détenait ou l'instruction et la culture. Par ailleurs, les écrivains coloniaux n'avaient pas non plus consacré leur plume aux histoires du pays dans lequel ils vivaient. Ils étaient carrément des penseurs coloniaux pour accoucher de théories farfelues pour mieux brimer et oppresser et mener un combat raciste. C'étaient presque des nettoyeurs ethniques, dans la mesure où ils prônaient la déportation pure et simple des indigènes et des indigènes assimilés, soit les juifs qui avaient pourtant accédé à la citoyenneté française.
L'œuvre, qui devait être immense pour mieux situer le phénomène colonial, tourne autour de trois monstres qui dévoraient le peuple conquis et sans lesquels la colonisation n 'aurait pas été possible :
- Le séquestre, invention romaine étoffée par le parti colonial. Depuis la grande guerre de 1871. Il frappait, très fort, toutes les tribus pour les déposséder de leurs terres agricoles. En vingt ans, il avait versé au domaine public un million d'has, soit deux fois plus qu'il n'avait été pris de terre pendant quarante ans de régime militaire qui était plus ou moins clément pour le peuple conquis qui à son tour lui réservait une quelconque sympathie.
- L'impôt avait un caractère exorbitant et paupérisait les tribus; il était exigible séance tenante, sans préavis et sans délai et se réservait le droit de recourir à l'huissier pour en assurer l'entrée. Le redevable se débrouillait pour payer et vendait tout pour échapper à l'huissier, autre mangeur de fortune. Souvent, on le menaçait de mettre sa femme en prison, s'il ne payait pas et bien des fois la femme avait fait de la prison dans ces conditions.
- Une guerre sans nom est menée contre les populations forestières par les trois conservateurs départementaux dont les pouvoirs étaient exorbitants et les actes sans appel, fût-ce par le gouverneur général et les gardes forestiers frappaient d'amendes sans foi ni loi. Si le fellah des plaines était refoulé vers les piedmonts, le forestier était refoulé vers les montagnes. Cette politique, dit-on, servait à protéger l'environnement contre les feux de forets et leurs destructions. Au fond, elle répondait à un double intérêt économique : séquestrer des terres et les verser dans le domaine public pour les besoins croissants de la colonisation; satisfaire les appétits voraces des concessionnaires qui surexploitaient l'un des maquis les lus denses au monde pour produire du tanin pour les fabriques du cuir et des textiles.
La colonisation, synonyme d'accaparement des terres, se fait à outrance sans pitié, ni clémence. Elle reste froide devant les famines régionales, principalement celle du Chélif en 1892 où des milliers d'affamés sont interdits d'entrer dans les villes et les villages, par mesure d'hygiène, comme s'ils étaient des lépreux, se nourrissent d'herbes et de glands, meurent le long des sentiers, leurs dépouilles exposées aux charognards. Ainsi, la généreuse vallée du Chélif eut ce triste surnom de la vallée de la mort.
Dans cette tragédie, la société évolue, prisonnière de ses contradictions. Le conflit permanent oppose les trois communautés : les colons, les indigènes, les juifs.
- Les colons ne se suffisent pas et réclament, pour eux seuls, l'autonomie de l'Algérie. (Certains illuminés réclament l'indépendance, inspirés par la guerre d'indépendance de Cuba.) Ils réclament aussi l'annulation du décret Crémieux qui avait donné lé citoyenneté française aux juifs.
- Par les urnes, les Juifs s'attirent des ennemis tour à tour parmi les opportunistes et les radicaux. Ils sont maltraités, molestés, pillés par les colons qui ne craignent nullement la loi, car ils sont la loi. Cette impunité conduira à la crise anti-juive qui avait embrasé l'Algérie en 1898.
- L'indigène, ou le peuple dominé. Le peuple est vaincu, mais reste insoumis. Au terme d'une résistance armée de 40 ans, il continue de résister pacifiquement Il rejette la naturalisation, l'assimilation. Sa confiance pour retrouver sa liberté n'est jamais ébranlée. Il rejette le droit positif, conserve la charia, son culte, ses zaouïas pour l'enseignement et la solidarité. La parole orale de ses aèdes conserve le flambeau de la liberté allumée.
Le récit nous plonge dans le mode de vie de chaque communauté, son intimité familiale, ses amours, ses haines, ses jalousies, ses péchés, ses ambitions. C'est dans ce contexte que grandit Hamza, fils de famille maraboutique, plus ou moins riche. Cet adolescent idéaliste, qui ne manque de rien, souffre du mal de ses gens. Dans son esprit, germe l'idée de la révolution. Il en fait un rêve qui se précise de jour en jour pour devenir un projet pour lequel il vit. Hamza, a développé sa personnalité dans un quotidien rude pour ses gens, ces indigènes de parole confisquée et soumis aux plus injustes des exactions.
1-La politique fiscale :
La politique fiscale exorbitante et discriminatoire de succion permanente avait fragilisé les populations à un niveau honteusement scandaleux. Nul n’en était épargné : ni particuliers ni groupements en l’occurrence les tribus. A partir de 1871, le colon était désormais le maître du pays. La république, instaurée à la place de la monarchie, lui avait donné tous les moyens d’asservissement de l’indigène et ses propres voies pour avancer dans cette hantise permanente d’accaparement des terres par des lois draconiennes. D’abord, il n’était pas assujetti à l’impôt arabe (achour zekkat lezma) pour les troupeaux et les palmiers et les oliviers) qui représentait le nerf vital du budget des collectivités locales. Ainsi cette population conquise, jamais soumise, qui était de 2750000habitants, payait 22963030 d’impôts dont :
- 5000000 de taxes municipales
- 863000 d’impôts dits français
Ces mêmes populations payèrent de 1871 à 1881 34500000 de francs, impôt dit contribution de guerre qui avait frappé les tribus insurgées lors de la guerre d’El-MOkrani ; il faudrait encore y ajouter 9000000 de francs pour le rachat de terres séquestrées par les indigènes. Ainsi l’organe de presse La Vigie Algérienne lance un sévère avertissement sur cette surpression fiscale le 23 mars 1883 : « Il n’est pas exagéré de dire que si un tel régime de succion permanente était pratiqué dans un pays européen, fût-il le plus riche de tous, il suffirait de quelques années pour réduire ce pays à la plus complète misère ».
Les proportions de prélèvement avaient dépassé tout entendement et là le poète du Malhoun, cet aède qui sillonnait les souks hebdomadaires, en dressait un réquisitoire sévère. Il condamnait sans ménagement l’injustice fiscale devant un public fort ruiné qui cherchait compassion à ses douleurs, à ses plaies, à sa misère, qui cherchait aussi à garder toujours présent dans son quotidien le spectre de la domination coloniale et emmagasiner les colères pour s’insurger un jour et dire non au bourreau.
« L’impôt nous frappe sans merci l’an entier
Pressure le pauvre et ruine le riche
Vends et paies la taxe ou attends l’huissier
Vends bijoux ou tamis, trophée ou fétiche
L’enchère menace et la terre tremble
Le fellah préserve tant qu’il peut et combat
Le colon le guette, sa joie à son comble
Tenté par un crédit espère le rachat
L’impôt ravit le blé, abandonne le son
Le fellah crie furieux, sème toujours le blé
Attend revenir dans la nuit le croissant
Trop fier trop digne et toujours révolté »
Il fallait payer cet impôt exorbitant d’une manière ou d’une autre. Le régime fiscal ne prévoyait pas d’échéancier de paiement. Des prestations de service et des amendes étaient littéralement honorées en journées de travail consenties dans les chantiers publics ou même les fermes de colons, si bien que ces journées de travail atteignirent des chiffres astronomiques qui s’avèrent ingérables principalement le service des forets. Il ne fallait pas seulement vendre les ustensiles, mais aussi les bijoux et des terres agricoles. Et là, les usuriers attendaient cette aubaine. Cette pratique avait ressemblé à sa sœur à l’époque païenne de la Mecque soit prêter contre remboursement à très court terme, généralement six mois pour attendre une récolte et à cinq fois la valeur de l’emprunt. Ils étaient des Juifs, des Kabyles, des Mozabites, quelques Arabes, des colons aussi.
2. Nostalgie existentielle :
Face à ces torrents d’injustices, l’indigène n’épargnait pas sa mémoire. Il la nourrissait en permanence en se projetant dans le passé glorieux de sa race, les épopées héroïques de son peuple. Comme il ne venait de nulle part, il renouait avec ses racines et les gloires du passé vieux ou récent. Le poète était là pour tenir cette flamme allumée et lui rappeler toutes ces épopées, ces lumières, ce bien-être, l’odeur sainte de la terre. Ainsi Mozghana, autre appellation d’Alger, demeurait rivée dans sa conscience, par sa gloire passée et sa blessure du temps. Déjà il envisageait le maître de l’heure, le libérateur, le messie.
« Mozghana, qui guérira tes blessures ? (1)
Certes, à celui-là je consacrerai ma vie !
A celui qui fermera les plaies de mon cœur,
Et chassera les Chrétiens loin de tes murs.
Tes défenseurs t’ont trahie,
Sans doute étaient-ils ivres »
Le poète chantait cette grandeur, donnait de l’émotion à la nostalgie. Poésies célèbres, anonymes, qui animèrent les esprits sur la nécessité de la résistance au conquérant, alors que la défaite était encore fraîche. Poésies, avec d’autres plus innombrables, en arabe littéraire raffiné, qui furent diffusé dans tout le pays. Elles contribuèrent pour une large part à soulever les populations dont la nature était guerrière.
« Hélas où est ce port célèbre, (2)
Et les butins de café et de drap,
Les câbles de cuir tressé avec lesquels on s’embossait
Les drapeaux de soie claquant au vent,
Les corsaires entrant dans la darse et tous ces captifs les mains liées derrière le dos ?
Pour les mécréants c’était là un crève cœur !
Les exploits d’Alger ont retenti dans les siècles passés. »
(1). Trad. J. Desparmet. Rev. Afr. 1930. La poésie algérienne 1830 à nos jours. J. Dejeux.
(2). Trad. L. Veuillot. Les Français en Algérie en 1841. J. Dejeux. Idem.
3. Islam :
Rien ne réchappait au poète Il louait dans son chant les braves guerriers de l’islam, le calife Ali ou le poète et d’autres encore maniant habilement les épées, chargent bravement les impies jusqu’au mépris de la mort, mettant en exergue leur foi inébranlable, leur persévérance dans l’adversité. Combattre pour Allah et mourir pour Allah est la meilleure chose qui puisse arriver à cet indigène musulman. C’est la félicité supérieure. Tôt, l’islam s’était donné un encadrement social par le biais des confréries religieuses pour créer des liens de fraternité plus poussés et qui s’exprimait par la voie du soufisme, doctrine prônant l’amour de dieu et la solidarité entre les adeptes. C’est une sorte de parti à adhésion pérenne, cependant dépourvue d’ambitions politiques pour conquérir le pouvoir. Cependant la pensée de ces confréries avait évolué en Algérie déjà au 19ème siècle pour repousser l’agression française. C’est dans cette période et sur cette terre qu’elle avait formulé toute son expression, à commencer par l’investiture de l’Emir Abdel Kader en tant que chef de guerre et chef de confrérie la Kadiriya. L’on voit alors presque toutes les confréries lui enjamber le pas et s’intégrer dans le mouvement de résistance contre les agresseurs. Parmi les confréries révolutionnaires irréductibles, on citera celles des Aissaoua et de la Rahmaniya.
Nous noterons que la Rahmaniya avait joué un rôle déterminant dans la guerre de 1871 qui se définit comme une véritable révolution par les structures innovatrices qu’elle avait produites, tels les tribunaux révolutionnaires qui rendaient des jugements dans voie d’appel pour les collaborateurs. Tout comme elle avait conduit la résistance sous la bannière de Lala Fatma Nsoumer. C’est dire qu’en moins de trente ans la confrérie obtint une audience nationale et provoquait des soucis majeurs aux autorités coloniales. A Marguerite son influence est prépondérante et les insurgés sont des adeptes de la Rahmaniya.
« Souviens-toi de Cordoue, Mecque de l’Occident
Brillamment élevée au cœur des confessions,
Où prêchaient religion des santons très ardents
Venus de l’Orient en grandes processions
Capitale du Maghreb qui régna sur l’Empire
Au service de l’homme, par amour du prochain.
Le foyer du savoir, centre des lumières.
Toujours présent, le verbe commenté du Roi Saint
De brousses naquirent les vergers généreux
Qu’irriguait l’eau douce, drainée par aqueduc
De marbre, s’élevaient ses palais somptueux
D’herbes et de sciences naquit la clinique
Souviens-toi de Cordoue, l’age d’or de l’Islam
Ton génie rayonna sur d’obscurs univers
Tu es l’enfant béni, non un triste quidam
Ton arbre est vivant, ton jardin toujours vert.
4. Conscience nationale :
Certains s’étonneront, dont quelques historiens qui classifient les évènements selon des schémas ne correspondant pas à la réalité algérienne et qualifient la majorité des révolutions algériennes comme étant paysannes et donc non nationalistes. La meilleure réponse nous est fournie par la grande guerre de 1871 ou la guerre de El Mokrani ou du cheikh El Hadad. Le premier était bachagha avant 1871 et considérait la présence française comme une force d’occupation qui prendrait fin, sitôt les conditions réunies. C’est vrai dans un sens. La présence française n’avait pas comme priorité l’implantation coloniale. Mais elle menait une cohabitation ou même la formation d’un royaume arabe, principalement sous Napoléon III. Donc il fallait attendre seulement cette transition se concrétiser et translater le pouvoir aux autochtones. Néanmoins, la destitution de Napoléon III avait comme corollaire la formation d’une république et l’investiture d’un régime civil en Algérie, aux mains des colons par le bais des communes, si bien que des historiens le qualifient de gouvernement des maires.
Une fois, le gouvernement civil institué en Algérie, Cheikh El Hadad proclama le djihad Conscient du danger que représentait le gouvernement des maires pour l’accaparement des terres et l’occultation de la participation de l’indigène dans la vie politique, le Bahchagha El Mokrani rallia la guerre dont il devint le chef incontesté. Ainsi, cette guerre se retrouve avec une autorité morale et une autorité matérielle. On retrouve cette dualité dans l’insurrection de Marguerite avec deux personnages clé : Hamza et Mabrouk. Ce dernier nous renvoie au personnage historique Yakoub :
« Libérez la fureur de vos cœurs tourmentés !
L’audace vit en vous jusqu’à la fin des temps.
Le fusil, le sabre sont votre liberté
Allumez la poudre ô guerriers d’antan !
Gronde le tonnerre et s’abat la foudre !
Ton courroux est plus vif, pourfends ton ennemi
Laisse-le paniquer, pousse-le à geindre
La terre fertile, récolte ton semis
L’heure annoncée par l’oracle pointera
Seuls de gros nuages cachent notre soleil
Le messie justicier parmi nous surgira
Notre moisson sera faite de vermeil
L’Allemand a vaincu le Roumi à Sedan.
Son déclin a sonné, sa fin est proche
Prépare le bûcher, le brasier ardent
Fête l’évènement, allume les torches. »
La traduction de l’œuvre du poète du Malhoun pose une problématique. En effet le terme Malhoun comporte un double sens :
- mélodique ; la production est plus un chant qu’un poème sans accompagnement musical.
- faute ; alors c’est l’altération du mot classique qui se concrétise vers sa fin pour donner une rime ou une mélodie ; en plus, le recours au dialecte est largement présent, sauf pour certaines grandes odes où la langue classique est largement employée, dûment altérée et confortée par des mots de dialecte local. C’est le cas de Hiziya. Donc il est difficile au traducteur de trouver le terme approprié pour désigner le mot Malhoun. Il serait souhaitable que les spécialistes lui trouvent un correspondant dans la langue cible, français ou autre. La poésie du Malhoun est essentiellement orale. Cette particularité ne lui assure pas une pérennité et tombe dans l’oubli avec la disparition de l’auteur. Car il existe des poètes qui ne savent ni lire ni écrire et pourtant leurs œuvres sont de grande beauté. .
L’écrivain dans sa traduction du malhoun devrait-il rester fidèle au texte source et faire une traduction littérale ou faire des transpositions qui enrichissent son œuvre en procédant à des interférences culturelles qui seront au service du nouveau texte de la langue cible ici la langue française. Cette deuxième fonction rend le texte d’origine plus riche, plus compréhensible, créé toutes fois dans son contexte socio-culturel et historique.
1. ô terre تحت اللحود
2. ô bonnes gens عزوني يا ملاح
3. principale des filles في رايس البنات
4. l’harmonie تأويل
5. Mon cœur s’est envolé avec la disparue Hizziya
قلبي سافر مع ضامر حيزيه * قلبي سافر مع اللي رحلت من الدنيا Il surgit en puissance llimitée les soldats avec lui et les goumiers à sa suite جب عساكرو معاه وجنودو مراه * طلبت تلقاه كل واحد بهدية
6. Ton œil, unité de poudre guerrière de Syrie
7. عينك قرد الرصاص حربي في قرطاس * مسوي كي غصن اللياس بيدين حربية
8. Je ne remercie point El bey,
9. La fille de Ahmed Bel Bey, muse de mes flatteries et de mon chant مانيش على الباي جدد يا غناي * بنت أحمد بن باي شكري وا غنايا
10. Bouche garnie d’ivoire, de sourire brûlante
Salive, colostrum de brebis, miel savoureux
11. الفم مثل العاج و المضحك لعاج * في يدك سيف النعاج عسل الشهابة
12. Elle repose dans la sépulture et mon feu brûle »
13. Tentes affrétées et le baroud langoureux
14. Lazreg me menant au royaume de Hizziya
15. لجحاف مغلقين و البارود ينين * عودي ( حصاني ) بيا يميل صاح باسم حيزية
16. في التل مسطفين واحنا محذورين* للصحراء قاصدين انا و الطواية
17. Décrire sa beauté dépasse la longueur du drapeau
18. Perle souriante au langage de maximes qu’elle m’explicitait
19. كانت طول لعلام و جوهرة في التبسام * وتمتع فب الكلام
20. وتفهم فيا
21. Seul dattier dans un jardin aux palmes ramifiées
22. Que le vent ploya et arracha avec les pousses
23. Je ne la croyais pas tomber, tout le temps en sécurité
24. كي نخلة بستان في جنان مسقيةازند عنها الريح قلحها بالميح * مانحسبها طيح
ديما محضية
25. Ainsi ce Bon lui signifia le Visa et la dévia vers la sanctification
26. وترني المليح دارها في تصريح * حركها للمصيح ربي مولانا
27. خطفت عقلي وراحت مسبوغة الالماح * بنت الناس لملاح زادتلي كية
28. داروها في الكفان بنت اعظيم الشان * زادتلي حمان من بخل الحجيا
29. La fille aux sourcils colorés mise en cercueil
30. Dans la grande tente, son douar paré de soie tressée de cuir
31. En procession pieuse déchirante
32. Inhumation, reflet astral par un après midi brumeux et court
33. حطوها في جحاف وحوموها في بياض * زينة الأوصاف حبي طول الدنيا
34. في حومتها قران كي ضي الكبان * انطلقت فوق السحاب في ضيق عشية
35. حومتها بالحرير وراقدة فوق السرير * وانايا كي الغشيم بيا ما بيا
36. Mon esprit est étreint de mysticisme
37. Et j’erre par delà les oueds et les collines
38. Ma raison happée s’en est allée
TOME II
C’est donc en 1901, que le héros, Hamza, est appelé à évoluer dans la société de Marguerite, petit village mixte, à prépondérance indigène. Il entre dans une étape cruciale de sa vie qu’il a décidé déjà de sacrifier pour que vivent ses gens dans la dignité, ou tout au mois rappeler crûment aux colons que la flamme de la révolution n’était pas morte et que l’espérance d’arracher l’indépendance existait toujours mais, juste en y mettant les moyens de sa libération, soit le recours à la violence. Dans son adolescence, il rêvait de révolution vigoureuse, de grande échelle sur une aire géographique assez étendue, au moins dans sa propre région. Dans sa prime jeunesse, il revient malgré lui aux évidences incontournables. Son projet révolutionnaire, devient modeste, à la hauteur d’une révolte locale.
Dans le camp adversaire, les choses évoluent avec une grande vitesse. Les colons veulent définitivement gouverner à eux seuls, loin d’immixtion de la métropole. Ils commencent alors une véritable stratégie pour parvenir à leurs fins. Ils ciblent la frange de société la plus faible, soit les Juifs qui avaient été proclamés citoyens français par le décret Crémieux. Il fallait mettre mal à la France, en s’attaquant aux Juifs d’Algérie qui passèrent des moments difficiles. En effet, ils furent victimes de violences excessives : leurs magasins ont saccagés et pillés ; quant à eux, ils furent agressés et on compta plusieurs blessés parmi eux et un mort, selon Ageron, et selon d’autres sources. Les colons étaient puissants et disposaient de relais influents au parlement. Ils bloquaient l’action administrative des gouverneurs généraux successifs et des trois préfets, lesquels ne pouvaient que courber l’échine, sinon ils tombaient en disgrâce.
Sur ce fond de drame des Juifs, était né le mouvement révolutionnaire du parti colonial sous l’impulsion des gros propriétaires dont le premier congrès en 1897 constituait une assise de revendications majeures ; puis en 1898, le mouvement estudiantin prit le relais et organisa des meetings et des manifestations populaires ; le chef de file en était un jeune, beau comme un dieu, fille d’une veuve très riche qui le pourvoyait en tout et pour tout. Bien sur, il laissait sa faculté de droit et mobilisait les masses ; comme partout dans le monde, les étudiants furent maîtres de la rue et menèrent le combat de façon irréductible. Ils brûlèrent aussi les effigies de Dreyfus et d’Emile Zola. Il y eut confrontation avec les services de l’ordre qui n’essayèrent vraiment pas de les contenir de façon musclée. Le gouverneur général était dépassé par les évènements, ainsi que les trois préfets de département. Le mémorandum des révolutionnaires fut levé au parlement qui en était favorable et le gouvernement en était absolument outré et s’opposait à l’octroi de l’indépendance d’Algérie. Le parti colonial frappa encore fort et oeuvra à faire tomber en disgrâce le gouverneur général. Il y parvint sans difficultés et obtint fin décembre 1900, l’autonomie financière avec institution de délégation financière, sorte de parlement local.
Le mouvement insurrectionnel indigène, incarné en la personne de Hamza et de Mabrouk, deux figures complémentaires, suivait l’évolution politique. Il tint à marquer son refus à donner plus de pouvoir aux colons qui oppressaient le peuple. Tous deux préparent la révolte et se cotisent pour acheter les armes à feu ; accompagnés de quelques militants de la cause, ils font un long voyage à l’est du pays, passent à Elhamel (Bou-saada) pour demander bénédiction à lala zineb, la moqadema de la rahmaniya dont mabrouk était affidé. La cheikha ne leur dit rien et eux-mêmes ne dévoilent pas leur projet.
Au 26 avril 1901, les 125 insurgés armés de fusils et de sabres assiégèrent le village de Marguerite. Mabrouk était une sorte de derviche et dans la colère, ils exigèrent des colons rassemblés dans la lace de se convertir à l’islam, sous peine d’être égorgés. Cinq colons ne se prêtèrent pas à cette conversion ; ou ils n’avaient pas copris l’arabe ou ils avaient carrément refusé l’apostasie. Le soir les renforts vinrent de Meliana ; il y eut une confrontation avec les insurgés dans la périphérie du village, puis dans la forêt. Les révolutionnaires furent vaincus et arrêtés.
La cour d’assises fut contrainte de différer le jugement, car la pression de l’opinion publique était forte et exigeait un lynchage sur la place publique, sans tarder et sans information judiciaire.
Cet évènement fut une explosion dans un ciel serein et les médias français saisirent vite l’affaire et conclurent à un acte de désespoir des indigènes brimés. La cour de cassation retira le dossier à la cour d’assises d’Alger et le confia à celle de Montpellier et ce sous la pression de l’opinion publique française qui était scandalisée par les fers dans lesquels étaient tenus les indigènes et la tribu des Righa insurgée. Des politiques français épris de justice plaidèrent la cause des indigènes écrasés par l’impôt et privés du droit naturel élémentaire ; car les indigènes n’étaient ni sujets, ni citoyens ; mais des sous-hommes auxquels toute clémence ou parole était bannie. Le procès fut célèbre en son temps et dura presque deux ans, au terme duquel un jugement clément a été prononcé pour les insurgés ; c'est-à-dire des peines de réclusion allant de 7 à 15 ans ; les deux héros moururent deux ans après en prison.
ANNEXE :
ODE HIZIYA
« Combien emportes-tu ô terre parmi les bons
Toi qui par dommage tu caches le visage des amis
Toi qui as séparé ceux qui étaient unis
Après l’estime, mes souffrances sont la dîme que je leur dois
Vos condoléances ô bonnes gens
Pour la perte de la principale des filles
Mon cœur s’est envolé avec la disparue Hizziya
Elle demeure sous tombe et mon feu brûle
Hélas nous fûmes antan dans l’harmonie
Comme les fleurs de myrte
On ne vit point d’indice quand apparut le héraut
Elle s’en est allée la gazelle ravie par le sort
Quand elle passe elle envoûte les sages
Ma sœur de grâces apparentes sans rivalité
Il surgit en puissance illimitée les soldats avec lui et les goumiers à sa suite
Elle demanda à te rejoindre chacun se sacrifiant quand fut livrée la bataille
Makensi Belguenid faisait des signes de la main
Brisait de grande force les fers ennemis ou encore les galets
Fit périr un bon nombre parmi les gens du mal
Opiniâtre dans l’adversité et de démarche fière
Je ne remercie point El bey,
La fille de Ahmed Bel Bey, muse de mes flatteries et de mon chant
Tes cheveux en tresses tombèrent, leurs parfums exhalés
Cil relevé en demi lune,
Ton œil, unité de poudre guerrière de Syrie,
Au tir précis sous le culte de la guerre
Jour du matin jasmin épanoui
Pour qui le sang coula vers midi
Bouche garnie d’ivoire, de sourire brûlante
Salive, colostrum de brebis, miel savoureux
Regarde le cou favori, trognon de fruit du dattier
Poitrine de marbre où émergent deux jumelles
Pommes de la mort effleurées par mes mains
Vos condoléances ô bonnes gens pour la principale des filles
Elle repose dans la sépulture et mon feu brûle »
« Vos condoléances ô bonnes gens pour la principale des filles
Ton corps endormi au coton et au tissu
On le vit en sang par une nuit noire
Perles dispersées sur le ventre vide de la muse
Regarde les mollets parés de bracelets ô avertis
Tu entendras le bruit de leur entrechoc dans la stratosphère
Nous campions à Barèz l’espérance ici-bas au lever du jour
Je chante l’amour au matin j’augure le sort
Comme un possesseur de fortune et de trésors fabuleux
La fortune ne vaut point le bruit de l’entrechoc des bracelets
Quand je serai sanctifié par les ans je rencontrerai Hizziya
Elle allait de grâce sublime parmi les agnelets
Parée de bracelets aux chevilles
Elle faisait chavirer mon esprit mon coeur et mes organes
En transhumance au Tel on descendit au Sahara territoires dévalés
Tentes affrétées et le baroud langoureux
Lazreg me menant au royaume de Hizziya
Le cortège trouva les grandes tentes de la muse
Montées à Ain Azel à l’est de sidi Lahcen et Zarguattia
Prit la destination de sidi Saayed
Reprit chemin aux aurores
Dans l’enceinte de sidi Mohamed verdoyant et fleuri
Décrire sa beauté dépasse la longueur du drapeau
Perle souriante au langage de maximes qu’elle m’explicitait
La fille de Ahmida parait comme la lumière de la lune
Seul dattier dans un jardin aux palmes ramifiées
Que le vent ploya et arracha avec les pousses
Je ne la croyais pas tomber, tout le temps en sécurité
Ainsi ce Bon lui signifia le Visa et la dévia vers la sanctification
Mon Dieu ! Mon Maître !
En cette nuit écoulée elle trépassa.
Mes pleurs coulent à flots sur mes joues
Mon esprit est étreint de mysticisme
Et j’erre par delà les oueds et les collines
Ma raison happée s’en est allée
Habillée de linceul la fille de l’illustre
Embrasa de flammes mon cœur
La fille aux sourcils colorés mise en cercueil
Dans la grande tente, son douar paré de soie tressée de cuir
En procession pieuse déchirante
Inhumation, reflet astral par un après midi brumeux et court
Et moi jeune, de douleur, moribond
Saisi d’étouffement par la trompe
Fossoyeur ménage la gazelle du désert
Je crains l’éboulement de roches sur Hizziya
Je te conjure par le Livre et les caractères du Donateur
N’épands point le sable sur Hizziya
Si cela fut dans l’adversité j’aurais affronté trois escadrons
Et l’aurais prise au baroud contre les gens ennemies
Et j’aurais affronté toute une colonne
Empêché son enlèvement et sa vente en esclavage par les soldats
Mais comme cela fut de la volonté du Tendre maître de l’univers
Je ne puis la ressusciter, persévérant jusqu’à notre union dans l’au-delà
Mon étalon, parrain des chevaux du Tel et joueur dans les smalas
Me pourfend de douleur, ayant péri de deuil
Loin de son maître trente jours après la perte de Hizziya
Les rennes tombèrent de mes mains ô mon père
Je pleure et ma tête a blanchi
Mon œil ne se console point par la disparition des amis
O mon œil dis-moi ce que tu as montre-moi ce que tu as
Que Dieu te pardonne ne me dispense point de pleurer »
Ahmed Bencherif
Auteur de l’œuvre Marguerite
www.bencherif.unblog.fr
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