Getuliya et le voyage de la mort; ahmed bencherif

         Deux petites filles jouaient à l’écart. Elles étaient voisines et surtout de grandes amies presque inséparables. Elles se disaient tout, y compris les secrets de leurs propres familles. Une véritable confiance régissait leurs rapports. Elles n’étaient pas grandes, mais de petite taille, âgées de neuf ans seulement. L’une était blonde, l’autre brune. Elles étaient habillées en tunique forte, rouge pourpre, qui les gardait au chaud. Tous les habitants du hameau connaissaient le fort attachement qui les liait. Souvent elles étaient citées en exemple dans un milieu où la devise de la vie était : chacun pour soi. En effet, les Gétules étaient égoïstes, à la démesure, de façon inimaginable. Ils n’assimilaient pas ce beau sentiment d’amitié et de confiance qui unissait les petites filles Getouliya et Adherbala. Cela dépassait leur intelligence et ils avaient un cœur dur qui ne ressentait pas les émotions de la vie.          

         Elles couraient, faisaient la course, se rattrapaient l’une l’autre, roulaient à terre, prenaient leur souffle, riaient aux éclats. Ah ! Elles étaient heureuses, insouciantes. Elles aimaient immensément la vie, malgré son austérité qui éprouvait visiblement leur petit peuple. Celui-ci  luttait héroïquement  contre la rigueur du climat et des peines éprouvantes dans la quête permanente de leur pain du jour. Il vivait carrément dans le besoin dans cette contrée farouche, isolée des foyers de civilisation du nord. Mais il était né ici et comptait y mourir. La terre lui collait à la peau. L’air  qu’il respirait l’avait marqué durablement. Il aimait ces fauves qu’il chassait par fierté, ou encore ces éléphants, moins grands que ceux de l’Afrique centrale, pour leur ivoire qui était prisé dans les villes de la Numidie ou de Carthage, ou encore d’Egypte.          

        Adherbala cessa de jouer, de rire, de s’amuser. Elle avait faim et sentait ses boyaux se tordre. Voilà trois heures qu’elle avait mangé un bout de galette et bu un petit bol de lait à son  réveil et depuis elle jeûnait malgré elle. C’état son heure pour aller se rassasier, se donner des forces et des calories pour affronter la journée qui était glaciale. Elle invita son amie à l’accompagner chez elle pour calmer les crampes de la faim que ressentait d’ailleurs Gétuliya. Celle-ci consentit joyeusement. 

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