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l'Odyssée ahmed bencherif

 

                            Gouvernement

 

    L’administration tue : les âmes périssent,

    Le cœur bat faiblement, le cerveau hiverne,

    Les ans languissent et de spleen finissent

    Visage livide, cheveux gris, peau terne.

 

    Elle terrorise, l’on ressent la phobie

    Que l’on traîne jusque dans notre sommeil.

    Par un malin plaisir, elle beugle et châtie.

    Elle tue le rêve, ternit les merveilles.

 

    Elle est abrutie, inculque l’idiotie,

    En fin pédagogue, sombre dans le chaos,

    Se complait tendrement dans l’erreur et l’inertie,

    Recule sans envie, aime tourner le dos.

    C’est l’épouvantable et perpétuel bagne.

    C’est un corps sans vie, qui mange les justes,

    Brutalise les bons, sans répit condamne

    Les hommes vertueux, aux gourbis vétustes.

 

    Le poltron se soumet pour un sou, pour un pain,

    Mue en caméléon, fuit comme la fourmi.

    Il est fataliste, croit fort au lendemain,

    S’accroche sans espoir aux prétendus amis.

 

    Le preux se révolte : plus de sou, plus de pain.

    Il renoue le lien, sa fureur visible,

    Prêt à recommencer, à rebrousser chemin,

    A la moindre bévue, bête et blâmable.

 

 

    La rigueur et probité qui étaient les miennes

    Me faisaient barrières à toute promotion

    Pour grimper l’échelle et assumer les rennes

    De commandement, remplir de hautes missions.

 

 

    J’attendis des années le sourire du sort,

    Dans l’espoir qu’un commis de l’Etat investi

    De souveraineté, de haut rang puisse alors 

    Me confier ce poste dont j’avais les outils.

 

    Mon dossier me plaidait comme un bâtonnier,

    Sur le plan compétence et sur la moralité

    Attestées et sans que puisse les renier

    Un habile enquêteur connu et redouté.

 

    Passa l’an dans l’espoir, puis d’autres sans espoir,

    Sans jamais recevoir l’avis de nomination

    D’agent de la nation, récompense notoire

    De mes valeurs partout tenues en adulation,

    Partout ailleurs  à l’échelle planétaire sauf chez moi,

    Dans mon grand pays où de petits hommes corrompus

    Jusqu’à l’âme écrasent  de leurs pieds notre droit,

    Gèrent la société comme leur propre du,

    Ecartent les agents aptes et vertueux

    Pour faire entendre leurs ordres, prétendus

    Louables pour servir la nation au mieux.

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