Ain-sefra, mouvement nationaliste, extrait conférence, ahmed bencherif

       Ain-Sefra avait connu ses moments de gloire et avait vécu en harmonie avec elle-même, sans discrimination ethnique, ni confessionnelle, résultante de sa grande tolérance acquise au fil des siècles. Sous le joug colonial, il vivait un train routinier dans la stagnation économique et sociale et tirait sa subsistance d’agriculture vivrière, avec tout autour un chapelet de ksour. Les chantiers saisonniers de peu impact économique et des emplois sédentaires insignifiants en valeur et nombre représentaient une goutte d’eau dans une mer ou plus précisément dans un désert. Si le ventre était quasiment affamé, l’esprit se nourrissait qualitativement grâce d’abord à ce besoin de s’instruire de l’indigène, puis à ses écoles performantes qu’il s’agissait d’écoles laïques, ecclésiastiques ou coraniques. Donc Ahmed Chami eut la fortune d’en fréquenter les bancs ou les nattes avec brillance et avait acquis l’aisance dans le maniement de la plume.
          Cependant, le village chaud et paisible, cher à Isabelle Eberhardt, reprenait l’espérance et la voie du combat militant après une longue éclipse, à l’instar d’ailleurs des autres régions du pays. L’action armée revendicative s’étant éteinte depuis longuement, elle reprenait pacifiquement sous la figure charismatique de Messali Elhadj, le fondateur du PPA, parti du peuple algérien en 1937, après que n’eût été dissout le parti l’Etoile Nord Africaine créé en 1926 par le même leader. Le nouveau parti parlait crûment prit rapidement audience auprès des masses. Ainsi la même année, lors de la parade du 14 juillet que fut déployée pour la première fois dans les rues d’Alger le drapeau algérien, le symbole de notre Etat, la fierté de chaque Algérien, drapeau, dit-on avoir été confectionné par madame Messali Elhadj, une Française du nom de Emilie Busquant.
           Une autre figure historique, Houcine Lahouel, natif de Sikikda, seconde personnalité du parti, émergeait et s’imposait par son militantisme, son action et ses idées.  Il assita au congrès musulman algérien le 2 août 1936 au stade municipal d’Alger-Elannasser- où Messali Elhadj donna une allocution et demanda l’indépendance, alors que d’autres revendiquaient l’assimilation. Alors éclata la seconde guerre mondiale, Lahouel est jugé indigne d’être mobilisé en ce sens qu’il était nationaliste et dangereux pour la préservation de l’ordre public de la France. En fait, il voyait que la guerre offrait une opportunité d’apprentissage de la guérilla sous la houlette de formateurs allemands pour le maniement des armes, la fabrication d’explosifs et donc lui et dix jeunes militants étaient entrés en contact avec de dignitaires de l’armée allemande. Messali Hadj, qui était en prison, exigea de ces fervents militants de démissionner du parti PPA. Ils obtempérèrent  sans discuter.
            Houcine Lahouel fut assigné en résidence surveillée dès 1941 d’abord à Elarricha et Mecheria où il fit de courts séjours, puis il fut déporté dans la même année à Ain-sefra qui était un pole attractif de la région et jusqu’en 1929, capitale juridique des Territoires du Sud de l’Oranie, alors que dans les faits elle perdit cette qualité après la mort du héros Bouamama. Nous noterons que les Territoires du Sud étaient régis par le régime militaire, donc un  régime d’exception. Dès son arrivée, Houcine Lahouel prit contact avec des militants dont Alla Abderrahmane. De forte personnalité, de haut niveau  d’instruction et de grande culture, il priorisait l’action armée comme seule voie pour parvenir à arracher l’indépendance de notre patrie. Il diffusait alors ses idées entre Ain-Sefra et Djenien Bourezg.
          C’est ainsi que fut instituée la Kasma du PPA, parti du peuple algérien, le 27 novembre 1942 dont faisaient partie les militants :
                    - Alla Abderrahmane,
                    - Limame Mohamed
                    - Kadi Mohammed, qui aura été officier de l’ALN et membre du conseil de la révolution et ministre des PTT, collectif qui fut l’artisan du 19 juin 1965.
             Cette même Kasma avait été structurée en cellules :
                    a. cellule du ksar :
                      Bencherif Mohamed, dit si Driss, qui aura été officier de l’ALN    
                      Salhi Laidouni, dit si Ali, qui aura été officier de l’ALN.
                      Hadri Mohammed, dit si Mansour, qui aura été officier de l’ALN, tombé au champ d’honneur.
                     Mselek Belkacem, qui aura été officier de l’ALN
                     Ouazani  Tayeb, qui aura  été officier de l’ALN
                     Zair Abdelkrim , qui aura été officier de l’ALN

                    b. cellule du village :
                     Mekki Ahmed
                     Chami Ahmed, qui aura été officier de l’ALN
                     Litim Mohammed
                     Mekkaoui Miloud
                     Derbal Tadj
                    Sahnoun Boubekeur

               N/B. Il est à noter que cette liste est incomplète et nécessite de longues recherches pourraient l’élaborer. Mais disons tout de suite que le nombre de militants était égal ou supérieur à soixante dix, en prenant comme preuve ceux qui avaient déjeuné avec Messali Hadj chez Merine Boubekeur.
      
       Houcine Lahouel y resta quatre ans et dès 1944, il publiait des articles au périodique clandestin « Action Algérienne » créé et dirigé par le groupe Taleb Mohamed à Alger. En mai 1945, des bulletins Action Algérienne sont trouvés par hasard dans une boulangerie de la Casbah. Il est condamné par le tribunal d’Alger à vingt ans de réclusion et de travaux forcés. D’un sourire narquois, il dit au juge : « d’ici là la France sera partie ».En avril 1946, à l’amnistie générale au lendemain de la seconde mondiale, il est relaxé. Il aura incontestablement marqué la vie militante d’Ain-sefra et de la région. Il vint à partager la conviction inébranlable que la libération de la patrie passerait inéluctablement par l’action armée comme le préconisait Mohamed Taleb, membre fondateur de l’OS, organisation spéciale paramilitaire du MTLD. Il mourra en février 1952  sans avoir pu mettre ses idées en application totale.

             Le volcan du nationalisme algérien grondait toujours, quand vint exploser la vraie étincelle révolutionnaire dans la petite ville de Ain-Sefra par la visite historique du chef du parti MTLD, Messali Hadj, de son vrai nom Mesli Ahmed, effectuée le 22 mars 1948. Ce fut un homme charismatique dont le parcours politique commença dès l’année 1926, lui-même né en 1898. Pour ses idées d’indépendance, il avait séjourné plusieurs fois dans les prisons coloniales. Il milita tôt au parti communiste français, ce qui l’amena à en épouser les principes dont la libération des peuples, la laïcité, la démocratie. Il avait pour idole aussi Mustapha Kamel, le modernisateur de la Turquie. Il était lui-même l’idole de la jeunesse algérienne qui avait hâte de chasser la France de l’Algérie et de construire un Etat algérien indépendant moderne et démocratique.  
           Une grande liesse était au rendez-vous avec la petite ville saharienne. Il était venu des gens des ksour environnants, de la steppe, de loin, de près. C’était une joie qui tirait les plus flemmards à parcourir à pied en monture des kilomètres, tellement l’évènement avait une historicité exclusive. On aurait dit un cortège présidentiel dans un pays indépendant. Mais non les indigènes  voulaient renouer avec l’histoire alors que le colonisateur gardait toujours son armée sa police sur pied de guerre. Ils voulaient conquérir coûte que coûte le statut de citoyen libre et indépendant dans leur pays libre et indépendant.
           Le cortège messalien était escorté  par des motards, moins pour en assurer la sécurité que pour prévenir tout dérapage et ficher tous les activistes notoires et il y en avait tel que Limam Mohammed et d’autres. C’est dans la rue Moulay, bachagha défunt, que le parti avait son local, près de la medersa. Cette proximité était-t-elle un hasard ou un choix intentionné ; toujours est-il qu’elle se voulait une vengeance de l’histoire. Cette artère longue était bouchée de personnes, venues souhaiter la bienvenue au leader, l’entendre, en suivre les consignes et le mot d’ordre. Des scouts musulmans défilaient, chantaient des chants patriotiques : biladi biladi. Poussés par la curiosité, des Français étaient là, la peur au ventre, pressentant déjà le glas sonner pour eux.

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