entretien avec Arwa Bencherif, poétesse, pour le compte de la revue almoutaqaf, basée en Australie

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Au début la revue www.almothaqaf( voir Google) est très heureuse de recevoir le poète et écrivain algérien Ahmed Bencherif  en espérant que cet entretien soit fructueux sur le plan littéraire et culturel.

 

L’auteur :Tout le plaisir a été pour moi je vous en remercie ; je souhaite que cet entretien puisse contribuer aux efforts de  votre site littéraire pour diffuser la culture arabe et instaurer des ponts avec les cultures et civilsations des autres nations. De même,  je vous remercie personnellement madame Arwa Bencherif, ma fille poétesse, vous souhaite du plein succès ; toute la route est tracée devant vous ; mon appui a été là et sera là toujours inconditionnel ; je vous embrasse ma fille ; je remercie aussi Le poète Jalal et le poète Ghrabaoui, tous deux, membres actifs de ce site.

 

 

 

1- Depuis quand écrivez-vous ?

 

- Je me suis consacré à l’écriture depuis 2006 dans la détermination avec objectif de publication. Plus loin dans le temps dans les années quatre vingt, un essai de roman sur la décolonisation de l’Afrique n’eut pas cette chance, ni cette résolution. A quatorze ans, j’écrivais des nouvelles pour mon professeur de français sur la guerre de libération nationale.  .

 

2- Quelle est  l’idée qui a  inspiré l’œuvre de Marguerite ?

 

-  Le devoir de mémoire pour instruire le lecteur sur le drame colonial de façon romancée qui est plus abordable et plus significative que les manuels d’histoire qui sont froids, du fait de leur rigueur scientifique.

 

3- Pouvez-vous nous situer la révolte de Marguerite  dans son contexte historique ?

 

- La politique coloniale vers la fin du 19ème siècle se caractérisait autour de deux axes fondamentaux qui sont l’assimilation des Algériens comme Français ou leur association dans un contrat. Dans les deux cas, avec inégalité des droits civiques et politiques. Les colons ne voulaient pas de ce projet car en tant que minorité ils perdraient le pouvoir. Les Algériens, pu indigènes, comme ils étaient appelés de droit, ils résistaient pacifiquement ; car ils perdraient leur personnalité algérienne avec tous ses fondements.

 

4- Pouvez- vous donner au lecteur une présentation  sur Marguerite Tome I et II.

 

C’est l’histoire d’un peuple sous le joug colonial le sinistre, aberrant, horrible, occultant, discriminatoire. Pour le cas du peuple algérien, l’œuvre développe comment il est resté lui-même dans toutes ses valeurs psychologiques, culturelles, linguistiques, religieuses ; Malgré l’interdiction de l’apprentissage de la langue arabe par le pouvoir colonial, il avait continué à l’enseigner dans les écoles coraniques, les zaouïas. Il est resté musulman, malgré les tentatives de christianisation. Il est resté lui-même : laborieux, belliqueux, tolérant, généreux, hospitalier, relevant le défi. Nous dirons que la guerre de conquête avait duré 40 ans, depuis 1830 jusqu’à 1871, résistance exceptionnelle que rares les peuples de la terre peuvent assumer.

 

5- Quelles sont les  sources  documentaires sur lesquelles vous avez établi  votre  roman ?

 

Les sources documentaires sont puisées dans l’œuvre monumentale de Charles Robert Ageron, historien émérite dont l’objectivité est exemplaire de 1400 pages en grand format qu’il m’a fallu étudier, analyser ; les musulmans de France  de 1870 à 1930 ; en plus d’autres historiens pour la plus part français ; mais ils sont progressistes libéraux ils sont pour la liberté des peuples ;   aussi d’autres sources anthropologiques, archéologiques et surtout la poésie populaire qui constituait la véritable chronique du peuple.

 

6- Citez- nous les principaux personnages de Marguerite.

 

1. Le héros c’est Hamza, fols d’un moqadem de zaouia ; adolscent, il s’insurge en lui-même contre l’injustice ; puis il se fixe objectif de faire une révolution à l’age adulte ; d’esprit plus ou moins indépendant, initié au dialogue par son père qui était docte en sciences religieuses, commerçant gentilhomme, il inculque à son fils les valeurs hérités du bien, de la tolérance, de la clémence…

2. Gaston, le colon, le méchant homme qui incarne toute la volonté de l’état français de faire de l’Algérie une terre française ;

3 .Djilali Boukadir, un rescapé de la famine, de la vallée de la mort, qui durcit Hamza adolescent dans ses convictions révolutionnaires ; il est jugé emprisonné pour avoir volé des patates pour se nourrir et ravitailler ses petits enfants restés orphelins de leur mère morte de famine.

Mais la dialectique se passe entre Hamza et Gaston.

 

- Pourquoi avoir choisi le héros un adolescent au premier tome ?

 

C’est à l’age adolescent que se définit l’adulte plus tard. C’est aussi l’émergence des rêves, le contact avec la vie assumée, l’affirmation de soi, le premier contact avec l’amour certes platonique. Cependant ce choix est très difficile, car le raisonnement, les actes, l’intelligence doivent concorder avec un adolescent ; c’est un travail complexe de psychologie. C’est là la différence entre un adolescent et un adulte, celui-ci peut dire ce qu’il veut et ne soulève aucune critique quant à la critique de son discours, de ses actes, de ses reves, ambitions.

 

8-Est-ce que vous avez trouvé des difficultés pour éditer votre roman  en France, sachant que l’œuvre de Marguerite établit une dissection  du colonialisme français en Algérie ?

 

Effectivement, j’avais rencontré des difficultés pour me faire publier par les grandes maisons, telles que Flammarion, Grasset…dont les choix éditoriaux sont politiques, défendant l’honneur français de toute publication qui en ternit l’image. Mais dans le créneau de l’édition, il y a des progressistes qui cherchent à établir la vérité pour réellement construire des ponts entre les peuples et civilisations. Cependant les maisons qui n’avaient pas voulu me faire publier avaient loué mon style littéraire et la qualité du travail fourni, ainsi que son originalité.

 

9- Pourquoi vous n’avez pas édité votre œuvre en Algérie ?

Par fierté nationale, j’avais estimé que mon travail porterait la voix de l’Algérie silencieuse sur une conjoncture politique dont tout notre peuple en souffrit, qui consistait à innocenter les crimes qu’avait perpétrés l’état français colonial en Algérie.

En effet, le parlement français avait fait une loi, faisant l’apologie du colonialisme, fort heureusement, non approuvée par le sénat par suite de résistance des intellectuels, de la société civile, m’avait mobilisé pour donner une réponse cinglante à ce large courant qui croit encore que l’Algérie peut devenir française ; c’est une réponse basée sur des actes barbares du colonialisme pour en montrer tout le mal qu’il avait perpétré.

 

10- Dans le genre romanesque les actants ou les personnages sont soumis aux évènements de l’histoire, donnez-nous des exemples sur la trame narrative bien qu’elle soit très variée.

Le drame de Djillali Boukadir analyse toute l’aberration du colonialisme, son horreur, son caractère implacable.

Un extrait de ce portrait …

 

11- Sachons que le roman est  divisé en deux tomes cependant le lecteur découvre une diversité culturelle, anthropologique de la société algérienne et aussi,  ce qui est nouveau, la vie des colons et  des juifs dans l’Algérie coloniale. Pouvez-vous nous expliquer ?

 

C’st une œuvre monumentale qui touche beaucoup d’aspects anthropologiques du peuple algérien. Des indications sont données sur le passé vieux du pays, particulièrement sur la civilisation phénicienne et carthaginoise, grâce à des documents ou ouvrages introuvables, écrits par des hommes de science français apolitiques. Ainsi, on a pu retracer toute la construction portuaire de ces navigateurs et commerçants infatigables.

L’autre aspect, bien sur, c’est la cohabitation forcée ou volontaire des diverses communautés en présence : indigènes, colons, juifs. Les écrivains algériens, qui m’avaient précédé, n’avaient pas, ou peu écrit sur les forces les communautés étrangères. Ainsi, mon œuvre en développe la vie de leur quotidien, leurs espérances, leurs rêves, leurs amours, leurs haines, leurs noces, leurs fêtes, leur culte. Parfois le lecteur français se demande si je vis en France ou je suis moi-même Français, en se voyant plongé dans son propre milieu.

Le roman algérien francophone était avant ou après l’indépendance presque axé sur la misère du peuple, en puisant de forts clichés empruntés à Victor Hugo dans son roman « les misérables ». Or ce n’était pas vrai, le peuple avait des sources de revenu en travaillant durement dans le commerce ou dans l’agriculture. Même ceux qui avaient été dépossédés de leurs propriétés agricoles fertiles et implantés malgré eux sur des pieds monts se procuraient leur menu pain. De même, que les valeurs propres de notre peuple n’avaient pas été analysées ni rapportées au lecteur.

 

12-Dans un espace conflictuel vous avez réussi à  démonter le drame  d’un point de vue  différent  de celui évoqué dans l’Histoire de cet évènement ,le lecteur voudrait savoir comment ?

 

13- Vous êtes  un romancier érudit  dont la recherche fournit aux différents domaines de la connaissance de l’identité   nationale et du patrimoine immatériel ,pouvez-nous éclaircir sur quelques domaines .

 

14-Quellles sont les impressions de certains de vos lecteurs français sur le roman ?

Sur mes deux sites, les commentaires sont élogieux aussi bien sur le style que sur la maîtrise de la langue. Les visiteurs sont émerveillés par la beauté la richesse du vocabulaire, l’objectivité qui se fait loi pour analyser tel personnage clé du roman en bien ou en mal, c'est-à-dire humain ou inhumain.

Comme c’est un roman historique qui décortique la praxis coloniale dans notre pays, il est évident qu’il suscite aussi bien des probations que des désaveux, voire du déni, selon que l’on se place du coté des bons ou des mauvais, c'est-à-dire anti colonialiste ou pro colonialiste. Des lecteurs émettent leurs opinions et a alors s’ouvre un débat vite abandonné par ces mêmes antagonistes adeptes toujours de l’Algérie française.

 

15- Nous savons que le romancier est un poète  de longue date et vous avez donc introduit des poèmes dans votre roman ; nous citons comme exemple : « Hiziya ». Comment avez-vous traduit ce chef-d’œuvre populaire ?

J’ai introduit des poèmes dans le roman, comme faisant partie du patrimoine culturel. Car les aèdes ont joué un rôle considérable pour éveiller la conscience nationale, dans la mesure où ils vilipendaient des mesures vexatoires coloniales dont l’impôt, l’exil,  ou encore réclamaient ou chantaient la liberté perdue. Pour ce qui est de lu grande ode de Hiziya, elle relate une histoire d’amour vraie qui finit tragiquement par la mort de Hiziya pendant son cortège nuptial caravanier à travers le Sahara, dans une agression des goumiers du caïd qui voulait la ravir pour en faire sa femme, soutenus par des soldats français. Quant à son élu, Said, il perdit la raison et erra 23 ans en fidélité de l’amour que lui portait Hiziya. C’est dans la période où se trame l’histoire du roman que s’était produit ce drame. Donc l’ode était chantée dans les mariages pour graver ce bonheur envolé par l’injustice du bourreau et de ses collaborateurs.

 

 

16- Est-ce qu’il y a des auteurs  ou des historiens algériens qui ont  parlé de Marguerite ?

 

L’œuvre est originale. Notons cependant qu’un historien algérien arabophone en a parlé de façon générale dans le cadre des insurrections nationales, sans en donner la genèse. Au contraire un romancier algérien francophone a rapporté dans son ouvrage « qui se souvient de Marguerite » les auditions au tribunal des insurgés, travail qui m’avait permis de reconstituer les phases de l’insurrection.

 

Biographie

Ahmed Bencherif est né en mille neuf quarante six à Ain Sefra, ville fondée au 16ème siècle par le saint vénéré Sidi Boutkhil, ancienne capitale des Ksour du Sud Ouest algérien, ancienne capitale des Territoires militaires du Sud, musée à ciel ouvert de gravures rupestres de 8000 ans avant Jésus Christ,  terre de dinosaures dont un ossement remontant à 65 millions d’années a été retrouvé. C’est là que grandit Ahmed Bencherif, dans cette vallée, irriguée par un grand oued dont les crues sont impressionnantes, dominée par deux montagnes, l’une bleue, le Mekhter, l’autre, marron, Aissa, longée dans sa partie Sud par une longue dune dorée au sable fin, où jadis jaillissait une source dont les flots montaient très haut et qu’on apercevait des hauteurs de Bendouma, jaunes comme l’or, d’où elle prit le nom de Source jaune –Ain Sefra- 

Il étudia à l’Institution Lavigerie, lycée de renom des Pères Blancs de toute l’Oranie. C’est là que se révéla son talent littéraire et poétique. Il se distinguait dans les dissertations,  de courts essais et de poésie. Le Père Supérieur, Deville, le baptisa « Ronsard du Ksar » Les autres Pères Blancs le dénommèrent : le Poète, le Philosophe. Il fit ensuite des études supérieures de droit administratif, chemin qui ne correspondait nullement à la vocation du Ronsard. 

Instituteur, puis administrateur. Essais littéraires non publiés cependant : recueil de poésie sur la nature et les passions de jeunesse, ainsi qu’un modeste roman sur la décolonisation de l’Afrique. Des circonstances particulières l’empêchèrent de continuer sur cette voie. 

Il fait ensuite en 1883, époque générale de récupération de l’histoire nationale, une page sur la vie et le parcours combattant de Bouamama, le héros irréductible de la résistance du Sud Ouest pendant vingt cinq années, fin dix neuvième siècle, travaux enrichis par une riche bibliographie présentée par le regretté Père, François Cominardi. 

Il est donc amené à connaître deux autres personnages illustres, Lyautey et Isabelle Eberhardt. N’ayant pas vécu longtemps à Ain Sefra, Isabelle Eberhardt y avait conquis droit de cité et y repose dans le cimetière musulman de Sidi Boudgemma, où elle fut enterrée selon le rite musulman, malgré la chronique qu’elle défrayait de son vivant. En effet, le grand père de Ahmed Bencherif, qui était un maître de la confrérie Taybia, avait officié la prière des morts pour la défunte et depuis femmes et hommes se recueillent sur sa tombe et lisent du coran. Ahmed Bencherif était naturellement amené avec le concours d’amis à faire de la légende  une réalité. Il initie une conférence en mille neuf cent quatre vingt sept sur Isabelle Eberhardt non, tenue pour raison d’Etat, qui aura servi, néanmoins à ouvrir le débat sur l’écrivaine, à organiser une série de conférences à partir deux mille un et enfin à commémorer le vingt et un octobre deux mille quatre le centenaire de la disparition tragique de notre fille. Comme, il organisa une  conférence sur le poète mystique Mohamed Benyakoub et le résistant populaire Mohamed Ould Ali fin dix neuvième siècle. 

Appel est donc lancé à tous les biographes de respecter la mémoire de notre fille Isabelle sur sa vie privée et de faire des analyses objectives sur sa vie publique et non se contenter de déductions personnelles qui n’ont rien de scientifique dans leur essence même. 

Ses ouvrages publiés : 

-Marguerite tome 1, roman historique de 448 pages.  juin 2008 

-- La grande ode, élégie de près de 1500 vers en alexandrin. décembre2008 

-- Marguerite tome 2   octobre 2009 

-- l’Odyssée    avrile 2010 

Ses activités culturelles : 

-- vente dédicace et présentation d’ouvrages au palais de la culture de Naama, avril 2009. 

-- conférence à l’université d’Oran au colloque international de traductologie; thème la poésie populaire algérienne dans la traduction .octobre 2010. 

-- conférence sur l’oeuvre de Marguerite à Marguerite -Ain-Torki- wilaya de Ain-defla; 26 avril 2001. 

-- Conférence au musée du moujahid de Naama sur le 14 juillet sanglant 1953 à Paris et réepressions de la manifestation pacifique de militants MTLD qui demandaient la libération de Messali Hadj et l’inédépendance de l’Algérie; 

-- Conférence sur le Moujahid et poète défunt à la maison de la culture de la wialya de Mila ;13 janvier 2012. 

Son talent s’imposa et lui valut d’être invité par son éditeur, Publibook,  au salon international du livre de Paris- session 2009- Sa déception en fut grande, les services consulaires lui avaient refusé le visa.  Invité encore au salon du livre de Genève, il déclina cette invitation pour le spectre du visa qui continue à le hanter, pour lequel il mène un combat serein pour permettre aux écrivains francophones algériens de pouvoir se déplacer sans difficultés dans la sphère géographique de la francophonie, en impliquant notamment l’organisation internationale de la francophonie. 

Enfin, il publiera prochainement son nouveau roman de fiction : Hé! Hé! c’est moi qui l’ai tué; donc il est en prospection pour un éditeur en Algérie, e France ou au Canada. De même que son troisième recueil de poésie est en achèvement ; il a pour titre ; les odes de l’amour 

 

 

 

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