critique de l'Odyssée par Abdellah Hanbali

Pour commencer à créer« ODYSSEE » d’AHMED BENCHERIF

Dénoncer « ce monstre qui dévore les espérances et les rêves »…

Par  Abdellah HANBALI

 
 

C’est un merveilleux voyage poétique dans lequel nous convie le poète, par sa plume tantôt lyrique, tantôt romantique. Le poète possède une grande verve qui nous place dans des scènes aussi diverses que variées. L’on trouve dans « Odyssée » une somme de son expérience dans la vie, de même que sa pensée qui s’illustre principalement en opposition viscérale contre la guerre et les maux sociaux universels tels que la faim dans le monde ou la mondialisation, qui font tant de victimes.
Il est aussi le chantre de la paix, de la liberté, de la tolérance entre les peuples et de l’harmonie entre les humains. Il compose sa poésie en alexandrins et c’est là que l’on découvre son génie dans la sculpture des visages tant il aborde des sujets qui ne semblent point se prêter à la versification. Son « Odyssée » nous place dans l’universalité de la pensée qui nous rapproche de l’autre et unit les hommes pour faire de notre Terre un lieu où on peut sentir la création d’une vie nouvelle.
C’est un recueil de poèmes où l’on s’abreuve de douceur, s’imprègne de mélancolie pour nous rappeler que la vie est bien vaine et que l’on doit accélérer la cadence pour faire du bien et condamner le mal que font nos semblables à la terre, notre mère à nous tous. Mais aussi la colère est bien là pour protéger la liberté de chacun et prôner la paix universelle et montrer ainsi l’horreur de la violence en montrant par la violence des mots que la guerre détruit tout simplement l’espèce humaine.
L’amour n’est pas absent et le rôle de la femme dans la vie du poète est immense, elle est si bien chantée tantôt avec espoir, beauté, sensualité ; ainsi les poèmes d’amour s’éloignent de la grande ode où l’héroïne forme une figure inspiratrice qui nous conduit de bout en bout à une élégie.
En somme, l’odyssée exprime la condition humaine et l’on voit dans cette verve du poète un réel don divin ou comme l’appelle Platon un enthousiasme divin. Mais ces femmes chantées sont des sirènes qui inspirent dans la créativité et dans un langage intime propre au poète qui évite le langage trivial et donc place son art dans un contexte de divinité .C’est un langage rythmé, scandé, associé à la musicalité d’où naissent des vers en alternance et primés d’un lexique propre au poète et de sa propre culture.
Une nouvelle forme d’écriture se présente dans l’odyssée ; un recueil riche de thèmes et de sujets. La chaîne référentielle donne au lecteur un désir emportant pour conquérir ce livre de 120 pages.
Le voyage est long certes, on s’arrête sur un lieu très incertain, ‘’la mondialisation’’. C’est une poésie chargée de sens et non-sens qui provoque une tentative de lecture renouvelable par les rimes croisées : ver (1) :’’champs (A)- cultures (B)- fauchant (A)- dures (B)’’ :
Il promet la prospérité par tous les champs,
De nouvelles usines, de vastes cultures,
Des transports outillés. Il part gaiement fauchant
Les règles protectionnistes des Etats durs.
Le poète ressemble à la figure antique de l’odyssée d’Homère, il s’éloigne de la poésie romantique qui chante l’amour et la paix ou les souvenirs, car ‘’la mondialisation est l’ouverture vers l’universalisme et la condamnation franche du ’’capitalisme‘’ qui cause douleurs et maux à l’homme contemporain :
Le poète réussit à libérer entre des vers à rimes plates et riches et mélodieuses ; le spectre de la crise mondiale, le critique obstiné condamne la guerre économique qui a ruiné des familles et qui a dévoilé des visages venants du 13èmesiècle et peut-être avant.
La question est un tourment pour le poète, qui continue à se révolter contre les propagandistes inconditionnels de la poésie révoltée passaient sous silence.
Le poète le nomme l’homme ruiné lui donne la parole:
Tu auras vécu, ta parole confisquée ;
Tu meurs en silence, de façon brutale
Et, par le malfaisant capital, provoquée
Sans avis funèbre sur un petit journal.
Le poète, dans une nouvelle expérience a sculpté des mots froids, empruntés à un domaine tout à fait éloigné de ‘’la poésie ‘’ et les a transformés en véritables signes qui renvoient aux séries de drames vécues lors de la crise mondiale.
Le métissage linguistique a imagé le rythme et la cadence de la poésie sous la forme d’un ‘’système de signifiants économiques ‘’.
Le poète compose ses vers en donnant à sa créativité l’élan et l’espace qui leur permettent de construire des signifiants très lucides malgré la difficulté du thème qui ouvre au lecteur une autre forme et le ramène vers d’autres lieux d’un voyage lointain de la souffrance humaine ; la sensibilité et les sentiments de l’angoisse et la crainte de ’’ce que peut être demain’’ :
Bientôt c’est le bazar, anarchie absolue
Au sein des Economiques de l’hémisphère Sud :
Les Douanes tombent et du circuit sont exclues ;
Les faux parlements effacent leurs lois rudes,
Dévaluent leur monnaie, alignent tous les prix,
C’est le stress. On cherche guérison par calmant,
L’angoisse insolite survient et domine,
La peur du lendemain sinistre et accablant
Assiège sans répit et le chagrin mine.
En effet, le mot est lui seul le ‘signe voyageur et le symbole ‘’ que l’expérience du poète travaille afin de démasquer systématiquement les fictions linguistiques et montrer avec lucidité la différence fondamentale qui sépare le signe et l’objet signifié.
C’est ainsi qu’Ahmed Bencherif libère le lecteur de ce long silence et démasque le monstre et dessine par sa plume magique qui chante et transforme et façonne la douleur de l’homme d’aujourd’hui ou la condition humaine de notre siècle :
Rigueur de gestion des temps nouveaux : marche ou crève.
La machine est rapide, l’ouvrier y obéit
Comme automate, n’a pas droit à la trêve
Pour souffler, se gratter la tête, sans bruit.
Il donne à la crise mondiale un lieu d’écriture dans lequel elle s’affirme autant que problématique pour dévoiler l’incapacité de l’homme de faire face aux cerises universelles : ‘’monstre qui dévore les espérances et les rêves’’ :
Les légions de mendiants croissent à vue d’œil :
Des veuves très jeunes élisent les trottoirs
Comme lieu de travail, de souffrance et de deuil,
Entourés de nourrissons du matin au soir.
D’autant plus que la poésie, les rimes bien façonnées imposent au lecteur un ensemble de convention qui  rend le texte lisible.
Le combat contre ‘’la mondialisation’’ devient ‘’une question existentialiste et philosophique :
Le spleen masque pour de bon le visage :
C’est horrible de voir les rides précoces
Le creuser, sillonner, encore de bel âge,
L’âge des ambitions, des amours et danses.
Un seul mot revient sans cesse à la bouche :
Que fais-je sur terre C’est un chant lugubre,
Qui loge dans l’esprit et, acerbe, crache
Sa hargne, son dégoût et pourfend d’opprobre.
Le texte ramasse tout le désespoir de l’homme ruiné et l’appelle à voir en pleine lumière la vérité que :
Tu auras vécu, ta parole confisquée ;
Tu meurs en silence, de façon brutale
Enfin, le poète offre par un génie mesuré par la sagesse qui donnerait à notre poète la plume ‘’un dramaturge spécialiste par sa manière de dévoiler le coupable :
Et, par le malfaisant capital, provoquée
Que peut-on lire d’aussi touchant en regardant un homme ruiné mourir sur les dernières pages d’un journal.
Ahmed Bencherif est né en 1946 à Ain Sefra, en Algérie. Il a grandi  dans cette vallée, irriguée par un grand oued aux  crues impressionnantes. Il étudia à l’Institution Lavigerie, lycée de renom des Pères Blancs de toute l’Oranie. C’est d’ailleurs là  que se révéla son talent littéraire et poétique.
Il se distinguait dans les dissertations,  de courts essais et la poésie. Le Père Supérieur, Deville, le baptisa « Ronsard du Ksar ». Les autres Pères Blancs le surnommèrent le Poète ou le Philosophe.
Ahmed Bencherif fit ensuite des études supérieures de droit administratif, chemin qui ne correspondait nullement à la vocation du « Ronsard du Ksar ».
Il est  amené à connaître deux autres personnages illustres, Lyautey et Isabelle Eberhardt. Bien que n’ayant pas vécu longtemps à Ain Sefra, Isabelle Eberhardt y avait conquis le droit de cité. Elle y repose dans le cimetière musulman de Sidi Boudgemma, où elle fut enterrée selon le rite musulman, malgré la chronique qu’elle défraya de son vivant.
Ahmed Bencherif était naturellement amené avec le concours d’amis à faire de la légende une réalité. Il initie une conférence en 1987 sur Isabelle Eberhardt, non tenue pour raison d’Etat, mais qui aura servi néanmoins à ouvrir le débat sur l’écrivaine.
Son talent s’imposa et lui valut d’être invité par son éditeur, Publibook,  au Salon International du Livre de Paris (édition 2009). Mais  sa déception de n’avoir pu y participer en fut grande ; en effet,  les services consulaires lui avaient refusé le visa.  Invité encore au Salon du Livre de Genève, il déclina cette invitation pour le spectre du visa qui continue à le hanter et pour lequel il mène un combat serein pour permettre aux écrivains francophones algériens de pouvoir se déplacer sans difficultés dans la sphère géographique de la francophonie.
Ses ouvrages publiés :
-Marguerite, tome 1, roman historique de 448 pages  en  juin 2008
– La Grande Ode, élégie de près de 1500 vers en alexandrin en décembre 2008
– Marguerite tome 2  en  octobre 2009
– l’Odyssée  en avril 2010
Ses activités culturelles :
– Vente dédicace et présentation d’ouvrages au palais de la culture de Naama en avril 2009.
– Conférence à l’Université d’Oran au Colloque International de Traductologie ; thème la poésie populaire algérienne dans la traduction en octobre 2010.
– Conférence sur l’œuvre  de Marguerite à Marguerite -Ain-Torki- wilaya de Ain-defla en 26 avril 2001.
– Conférence au Musée du Moujahid de Naama sur le 14 juillet sanglant 1953 à Paris et répressions de la manifestation pacifique de militants MTLD qui demandaient la libération de Messali Hadj et l’indépendance de l’Algérie;
– Conférence sur le Moujahid et poète défunt à la maison de la culture de la Wilalya de Mila ; 13 janvier 2012.

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