Pélissier et l'enfumade extr Margurite; ahmed bencherif

     Ce fut par un 19 juin de l’an 1845, que Pélissier enfuma dans une grotte la tribu des Oulads Riyah et son bétail, suivant l’exemple de Cavaignac, prêchant un autre à Saint Arnaud, instruit par le général Bugeaud, promu par son lot de gloires en massacres, pillages, enlèvements de femmes vendues comme esclaves aux enchères dans les souks, troquées contre des chevaux ou gardées dans les camps et en exactions de tous genres.  Ils étaient 760 hommes, femmes, enfants et vieillards, prisonniers du grand bûcher allumé à l’entrée de la grotte par les soldats. Les victimes de l’holocauste, qui buvaient du gaz carbonique, suffoquaient, toussaient, se tordaient de douleur et vomissaient. Ils criaient à faire éclater leurs cordes vocales et tournaient en rond, vite étourdis par les inhalations toxiques. Mais, Pélissier restait sans clémence et jouissait de cette tragédie qu’il commettait diaboliquement et ses soldats, tout autant pervers, tiraient sur tous ceux qui tentaient de franchir l’écran impénétrable de fumée et de traverser le barrage de feu interminablement nourri. Bientôt la fumée eut raison d’eux et ils moururent les uns après les autres.

      L’enfant, Riyahi, courut dans les profondeurs de la grotte et la providence était là pour le secourir. Il emprunta une galerie très étroite qui montait graduellement, au sommet de laquelle il entrevit le jour par une fissure et put enfin respirer. Il resta là trois jours en proie à une phobie angoissante, tremblait comme une feuille de vigne sous la bourrasque, silencieux comme un mort et quand il n’entendit plus de voix, il descendit de son perchoir providentiel. Le choc fut terrible quand il découvrit le champ macabre. Il chercha son père, sa mère ses frères et ses sœurs qu’il trouva sans vie, affreusement corrompus, les oreilles tranchées. Les autres cadavres n’en avaient plus, emportées par les soldats qui les vendaient à leur état major à dix francs la paire, l’équivalent de deux brebis. L’enfant cessa de percevoir les choses, entra dans un état second, comme un automate privé de larmes et ne ressentait ni peur, ni audace. Il respirait un air pourri, acre et abominable où se mêlaient les fortes odeurs des corps humains et animaux en décomposition. Il sortit de ce cimetière ouvert qui puait, marcha longtemps et le hasard le mena à un douar ; il raconta sa tragédie aux habitants qui l’accueillirent. Ceux-là lui répondirent que les Oulad Riyah furent tous exterminés. Il maintint en vain sa déclaration et se sentit sans origine et se jura que de ce jour il dirait qu’il venait de nulle part. Les habitants l’élevèrent comme un des leurs. Il grandit et se maria, travailla aux labours, aux moissons, n’importe où, en gardant indéfiniment son secret. 

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