• Tu veux dire la porte des enfers, une autre porte plus violente, plus dévastatrice,

répondis-je. Un jour je t’affranchirai de ton ignorance.

          Je le quittais sur sa soif de savoir, une curiosité intelligente de savoir d’où venait le mal qui rongeait notre pays. C’était un patriote qui aimait voir sa nation briller de beauté devant les autres, toujours parmi les premières qui donneraient le bel exemple aux quatre coins de la planète, surtout parmi les plus grandes puissances internationales .Comment lui expliquer sur le champ ? Il lui faudrait des heures d’assimilation, avec de gros risque d’occultation ou de fantasmes, non que je ne sois pas pédagogue, mais cela vient du fait que notre histoire n’était pas écrite. Et ceux qui nous ont raconté des épisodes, ils les ont toujours maquillés, par égocentrisme. Moi-même, je n’avais pas assez de temps pour lui en fournir la toute première page dont j’aurai pu lui donner le titre et je regrette sincèrement cette lacune. Mais aurait-il su, si je lui avais dit que c’était l’adjudant et rien de plus. Il n’aurait pas saisi et m’aurait assailli de questions auxquelles je ne pouvais répondre spontanément. Car il y avait de la confusion dans tous les rôles : qui était le chef, qui avait commencé à écrire l’histoire, qui avait trahi. Ouf mille questionnements de quoi ennuyer un sourd.  

            C’était un soir d’hiver, le soleil était absent toute la journée dans un ciel couvert de gros nuages assombris. Mais il n’avait pas plu une goutte. Il ne faisait pas froid non plus. On profitait de cette belle clémence de la nature qui nous faisait oublier au moins une fois pendant la saison froide le gel qui brulait les plantes, contaminait l’homme par des rhumatismes dont on prévenait le mal par du beurre de brebis et des infusions de romarin. Une heure environ nous séparait de la nuit, de l’appel du muezzin pour la quatrième prière du jour. Je profitais alors pour prendre un café, au café de l’Indépendance, avant de rentrer chez moi, le serveur flâne entre les tables ou cause au comptoir, trop fatigué peut-être de son marathon de plusieurs heures à petit pas, sur une distance de vingt mètres. Je l’appelle par son nom. Il ne vient pas. Il simule même qu’il ne m’a pas vu. Puis moi, je n’ose pas l’appeler par sa propre qualité de serveur, comme on fait partout dans le monde. Parce que tout simplement, il aurait pris une colère rouge et me ferait regretter mon civisme qui était pour lui une insolence. Il m’aurait à coup sûr sermonné en menaçant de me frapper. On ne respectait plus rien, ni l’âge, ni le client qui partout ailleurs était roi de l’établissement. Mais je ne lui en veux pas : il n’a pas été à l’école, c’était un autre loup qui n’avait pas tout simplement trouvé sa mesute. Je perds patience, je croise plusieurs fois les jambes, je prends une cigarette, puis je la remets dans le paquet, je songe à quitter ma chaise, à m’en aller. Je sentais néanmoins une gêne pour ce faire. Alors je fulminais intérieurement, puis je voulais mon café et je l’aurai. Obstiné, persévérant, je n’aime pas m’avouer vaincu avant même de livrer bataille. Enfin le petit seigneur se décide de venir me servir, il prend la commande et revient avec une tasse de café noir, noir comme son cœur, car il n’avait pas demandé des excuses pour m’avoir fait languir.

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