le vaniteux h c'est moi qui l'ai tué ahmed bencherif

        Chez lui, Mohamed n’arrivait pas à dormir. Il pensait à sa vie ici-bas, qui s’écoulait sans laisser de marques profondes sur la société, ni même parmi les siens. Tous ces notables et ces petits bourgeois, trop imbus d’eux-mêmes, provoquaient sa jalousie. Ils affichaient leurs grands airs sans humilité, exigeaient d’autrui une exécution prompte de choses et d’autres,   s’octroyaient des passe-droits. Le caïd leur ressemblait en bien des points et passait en maître en terme de caractère affreusement égoïste. Il était respecté par les uns, craint par d’autres, honni par la majorité. Personne ne l’admirait. Ceci agaçait Mohamed. Les premiers possédaient la fortune, le second exerçait de l’autorité à vie, reconduit à chaque fois par complicité de l’administration communale, préalablement parrainé par les chefs de fraction de la tribu qui restait encore asservie au clanisme, malgré l’état d’esprit en nette progression pour briser le cercle vicieux du conservatisme séculaire. Ca lui donnait des maux d’estomac, à en vomir.

       Alors que pouvait-il  faire, lui un homme commun pour frapper les imaginations et susciter l’admiration générale ? Il ne voyait pas beaucoup de choses dans sa vie, faite de routine dans le village qui se complaisait de routine. Conquérir l’amour d’une Française et en faire sa femme devant dieu ? Oui, mais laquelle ? Elles sont toutes belles et il est difficile d’en faire un choix. Ah ! Oui. La femme du directeur d’école est très belle : des yeux verts, des cils bien tracés et fins, un regard tendre, le visage rond, des joues pleines avec fossette, un menton en pyramide inversé, un cou long, des cheveux noirs d’ébène, peau blanche et délicate, taille harmonieuse, formes gracieuses. En plus, de la candeur, de la douceur et la voix est anonyme, comme un nuage d’été. En somme une femme de rêve, d’un conte des Mille et une nuits, une belle au bois dormant. Le problème, c’est qu’il ne parlait pas français, sauf quelques mots qu’il disait à ses clientes françaises qui lui rachetaient des légumes. Mais cette femme aimait les fleurs et il allait en cultiver pour lui en offrir au printemps. Elle acceptera un bouquet de roses qu’elle mettra dans un vase au bord de sa fenêtre. Mais est-ce possible tout ça ? N’existe-t-il pas d’autre voie pour briller dans le bled. Peut-être. Il faut trouver un exploit d’héroïsme. Mais quoi alors ? Par exemple, monter un cheval et guerroyer sur un champ de bataille, tuer et plusieurs prisonniers. Hem ! Tuer ? Il faut du courage pour ôter la vie à un individu. Mohamed, tu as du courage ? Ce n’est pas du tout sûr. Tu es plutôt pacifiste. D’autres disent de moi poltron. Des clous !

       Sa femme fit la vaisselle et vint dormir près de son mari. L’insomnie les assiégea : Mohamed rêvait encore de projet fabuleux, elle, pensait à sa ration nuptiale. C’était la veille du lundi et Fatma l’avait attendue. Son mari lui avait rapporté un commentaire religieux sur la charité qui disait : la charité vient de toute offrande de biens, d’un sourire ou la baise de sa femme et quand celle-ci est faite la veille du lundi, elle est récompensée par un palais au paradis. Cette jolie marque d’amour n’était pas tombée dans l’oreille d’une sourde. Fatma ressentit le besoin de faire son plaisir et invita son mari à se construire un palais au paradis. Elle le pressa, tout en restant habillée de sa grosse robe et de son pantalon à accordéon. La nudité dans les rapports sexuels était hors chapitre. Elle ne fit d’ailleurs aucune avance corporelle et resta comme une momie. Mais elle continuait à le stimuler avec le même prêche. Finalement, Mohamed lui dit d’enlever son pantalon et la sauta dans le noir, sans peloter les seins ni caresser le bas ventre ou autre partie suggestive. Il finit en un temps record, quelques minutes pas plus. Mais, elle, n’était pas repue, son désir restait inassouvi. Alors, elle lui dit de construire un palais pour elle.  Il construisit le deuxième palais et cet effort le fatigua. Mais, elle en voulait toujours et lui dit de construire un palais pour sa mère. Mohamed se retourna, et lui montra ses fesses et dit : « la terre de dieu est immense et qui veut un palais n’a qu’à le construire lui-même ». Elle se résigna et se fit à l’idée de dormir, car elle n’avait jamais mené la barque elle-même. 

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