le Vaniteux ahmed bencherif

        Mohamed retourna chez lui. Fatma était de plus en plus souffrante et se serrait constamment le ventre pour essayer d’en atténuer la douleur. Elle geignait aussi bruyamment. Il ressentait de la peine, mais aussi une énorme tristesse. Il craignait le pire, il craignait pour l’avenir. L’accoucheuse rurale arriva quelques minutes plus tard. Elle ouvrit toute seule la porte d’entrée en glissant la cale de bois vers le trou aménagé dans le mur, sur le coté gauche. Elle traversa le sol dénivelé, remonta une haute marche, traversa le patio réduit et pénétra dans la cuisine. Mohamed la baisa sur la tête avec un certain recueillement et de déférence. Sans attendre elle se pencha sur la patiente dont elle ôta la couverture qui la couvrait. Elle regarda le mari. Celui-ci comprit qu’il était gênant et sortit dans la petite cour. Fatma geignait toujours, grelottant un peu, très fiévreuse. Elle sourit difficilement, cligna  des yeux pour dire bonjour, sa voix affaiblie ne pouvant le faire. Oumelkheir posa sa main sur le ventre de la patiente, en releva la robe et commença à palper sur toute la surface, des aines jusqu’aux reins. Ses doigts en suivaient les pulsions qui en découlaient. Elle s’attarda au colon, au foie, la bile, les petits intestins, au bas ventre. Elle n’en détecta aucun mal précis et élimina la grossesse. Car les spasmes abdominaux de Fatma n’en présentaient pas les symptômes. L’accoucheuse se trouvait à la limite de son expérience, vieille de quatre décades. « Tu es anémiée, dit-elle. Tu ne manges pas bien, tu ne manges pas à ta faim ; ton mari te met carrément à la diète ». Fatma essaya d’articuler quelques sons, mais ses yeux se retournèrent et elle sombra aussitôt, presque inconsciente. Oumeilkheir prépara une infusion de romarin et lui fit boire un verre. Elle appela ensuite le mari et lui dit d’emmener sa femme à l’hôpital. »

        Mohamed avait une grande peine à voir sa femme privée de ses forces. Il ne le cachait pas. Une grande tristesse voilait tout son visage et il ne cessait de soupirer en guise d’impuissance manifeste. Il fit la sourde oreille à l’injonction de l’accoucheuse rurale et répondit que peut-être ce n’était pas une bonne chose et qu’elle allait vite se remettre sur pied. Elle l’exhorta à y aller, le sermonna même, en lui rappelant qu’Il n’ y avait pas de honte à faire soigner sa femme par un médecin. Hun, se dit-il. De quoi elle se mêle, celle-là ? Après tout, c’est ma femme. Elle le dévisagea longuement, en pensant à cette pauvre femme alitée dont la santé se fragilisait davantage. « Quoi, dit-elle ? Cherches-tu à tuer ta femme ? Elle est sous ta protection ». L’idée de savoir sa femme auscultée par un médecin homme ne lui plaisait guère, un affront pour sa petite personne. « Bon ça va, je vais chercher sœur Catherine, dit-il ; elle lui donnera des médicaments ». Il sortit sans attendre la réaction de son interlocutrice.       

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