Général Gaid Salah votre choix Ahmed Bencherif

                                        Mon Général Gaid Salah

                               Chef d’état major de  notre armée

                                    Votre choix constitutionnel  

 

       Vous nous avez habitués à vos valses du verbe,  depuis deux mois déjà : tantôt vous rassurez le peuple quant à ses commandements comme étant légitimes, tantôt vous glissez un élément  codé de votre feuille de route qui me laissait personnellement perplexe à tel point que j’avais nourri de la suspicion à votre égard sur votre positionnement par rapport à notre révolution pacifique, tantôt vous affirmez votre option constitutionnelle. Quant à nous, nous espérions que votre réflexion allait évoluer au fur et à mesure de nos vendredis de marches pacifiques. Personnellement, je vous accordais du temps pour faire la décantation de vos idées, malgré le fait que je m’étais exposé à la critique de mes concitoyens qui me disaient que cela était une peine perdue. J’étais prudent alors qu’ils me qualifiaient de naïf. En effet, mon expérience de  notre révolution ratée de janvier 2011 m’amenait à éviter les précipitations, attendre de voir tous les éléments pour juger, évaluer les risques de répression des forces de l’ordre. A l’époque, notre peuple négociait avec l ex Président de la République, élu malgré toutes les réserves qu’on puisse avoir sur la fraude électorale.

 

     Notre révolution pacifique, celle du 22 février 2019, on y retrouve les mêmes schémas qui avaient prévalu en janvier 2011, sauf que maintenant nous négocions avec un interlocuteur nommé, en l’occurrence vous-même. Là, il y a un problème. Le peuple négocie avec un haut cadre de l’Etat, puisque vous n’êtes pas élu.  Ce cas de figure n’est pas exclusif pour vous. Il est aussi valable pour Monsieur le chef d’état par intérim, lequel a été nommé par l’ex Président de la République, en qualité de Président du Sénat, fonction non élective qui ne lui permet en aucun d’assurer l’intérim en cas de vacance de pouvoir, dans une démocratie, où l’élection est de droit et passage obligé pour prendre en charge les affaires du peuple.

 

     Votre orientation prononcée le 23 avril à la 1ère région militaire nous a tous déçus. Car, Vous avez clairement montré  votre position par rapport à notre révolution pacifique : vous confirmez votre choix à l’option constitutionnelle. Vous portez votre grief à  ceux qui ont décliné l’offre de dialogue avec le chef d’état par intérim. Il s’agit ici bien sur de la  classe politique, quant à la mobilisation citoyenne, elle n’a pas jugé utile ni stratégique de désigner ses propres représentants. Pire, vous dénoncez nos manifestants qui boycottent les visites des membres de gouvernement  à travers le pays, lequel gouvernement est récusé par le peuple parce qu’il est illégitime. Dans le même contexte vous confirmez la convocation de l’élection présidentielle du 4 juillet prochain, elle aussi rejetée par le peuple.

 

         D’autre part, vous ouvrez un dossier de l’argent public mal acquis, qui nourrit de grandes craintes au niveau du peuple, soit l’interpellation judiciaire de personnalités politiques et de gros entrepreneurs qui ont eu, dit-on, des facilitations pour octroi de  crédits bancaires en devises pour des projets surévalués. Ces informations judiciaires, louables en elles-mêmes, ne répondent pas du tout au timing. C’est pour nous une diversion des vrais objectifs de la transition démocratique que nous tentons de mener. Elles ont exercé un point négatif qui tentait à diviser sociologiquement notre peuple et auquel nous militons pour qu’il ne prenne pas ancrage et fasse avorter notre révolution pacifique ce dont l’histoire vous jugera personnellement de façon négative, si ce cas de figure venait à se produire.

 

        Avec votre permission, Nous vous ferons observer que la voie constitutionnelle où vous menez notre patrie est une impasse dont  nul ne sait quels seraient les périls pour notre nation.     

 

       Vous êtes requis, alors, en tant que chef d’état major de notre armée, pour accompagner notre peuple pour mener la transition démocratique en optant résolument pour une option politique et n’allez pas à contre courant de notre révolution pacifique ni même en méconnaissant les vœux de notre armée pour instaurer la deuxième ou nouvelle république, elle-même issue du peuple dont elle partage les bonheurs et les peines.

 

 

                                                                            Naama le 24/04/2019

                                                                                    

                                                                            Ahmed Bencherif, é crivain

                                                                            Auteur de Margueritte

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