Olga et l'automne-ahmed bencherif

 

          Dans tes bois couronnés de verdure, aux jeunes pousses déjà jaunissantes, au sol meuble crissant de feuillies moisies et asséchées, nous primes notre promenade au couchant du soleil, quand les derniers rayons s’apprêtaient à quitter la terre pour une longue nuit. Nous étions Olga, une fille légendaire, et moi, en quête d’une belle évasion automnale, abandonnant derrière nous la tristesse du jour pour aller apprécier la mélancolie de la saison, qui inspire par sa beauté le poète, déjà en état d’euphorie, par la présence mythique d’Olga, heureuse de  guider notre merveilleuse randonnée de fin du jour, donc courte dans son essence même.

         Nous marchions de pas romantique, c'est-à-dire sans nous presser, admirant sans cesse la nature, croisant par moments fabuleux nos regards silencieux, nos voix confiées aux espaces solitaires, parfois nous tenant la main, comme pour chasser le spleen des couleurs sombres des arbres, mais aussi pour nous injecter une nouvelle dose d’énergie.

        J'aime cette mélancolie quand les feuilles jaunes tombent, se froissent, perdent leurs essences vitales, meurent enfin et voltigent au souffle du vent, en douceur ou par rafales. Je l'aime d'amour, comme mon amante qui est toujours belle et ne vieillit jamais. Nous marchons dans un sentier étroit parmi les chênes verts robustes et chargés de glands en fleurs encore, et des sapins majestueux, tous si beaux les uns que les autres, tous civilisés alors qu’ils ont la réputation d’être sauvages. Leurs branchages tanguent, bruissent, interprétant à eux seuls un merveilleux ballet, sur fond de musique lente et rauque, presque agonisante. Ils initient par leurs mouvements, leurs enlacements, leurs embrassades et leurs tendres chuchotements les  jeunes amoureux, épris de joie de vivre, savourant le plaisir d’être ensemble, se gratifiant d’un sourire, d’un baiser, d’une caresse, comme une offrande divine.

         Ensemble nous marchons, dans la crainte du crépuscule qui s’approche, mais lentement pour bien nous assouvir de plaisir de ce magnifique boisage. Côte à côte nous marchons et parfois nos corps se frôlent un bon moment dont nous éprouvons une curieuse sensation indéfinissable; que nous aimons pourtant, espérons la voir se prolonger, se renouveler, se perpétuer. Combien d'espaces avons-nous arpentés; nous avons l'impression que nous avons marché une éternité, tant notre plaisir était immense; sain et candide, celui de deux âmes en évasion pour la première fois, se cherchant patiemment comme deux mages, ou deux anges en élévation sublime. La soif nous prend, nous étreint à la gorge. Ma bouche s’est asséchée et elle, Olga, la divine, a déjà les belles lèvres fines gercées car le nectar de sa bouche a tari. Alors, nous partons vers le ruisseau tout proche dont on perçoit le bruit des cascades à chaque fois qu’elles retombent sur une pente raide caillouteuse. On arrive non sans peine heureux comme des enfants. L’eau est pure, limpide, claire et sans remous. Elle est le miroir de nos visages qui sont souriants et visiblement gais. Celui d’Olga est si beau. Ses grands yeux enjolivés dans de fameux cils sont d’une clarté exceptionnelle entre le châtain et le blond, ses pommettes sont à peine naissantes, ses lèvres fines comme un tissu de soie. Dans mes mains, je puise de l’eau où vient miraculeusement boire Olga, alors que nos yeux se croisent, sans dévier, ni cligner. Ils parlent ;  mais que disent-ils ? Que peut dire l’hôte à son hôtesse au-delà de toute convivialité ? Olga est désaltérée. Elle sourit, mais ne dit rien, comme si nous avions fait un serment avec le silence. Je bois 0 MON TOUR ? lentement comme pour apprécier un eau miraculeuse, mais rêver aussi d'une ile paradisiaque pour y gouter aux fruits exotiques et partager cette solitude pour aimer tout ici-bas la terre et le ciel , la mer et l'océan, les fleurs et le plantes, les humains.

        Nous marchons toujours à la recherche du temps perdu où toi tu n'as pas connu mon pays où moi je n'ai as connu ton pays et de cet espace que nous explorons nous ferons notre pays commun. Quel bonheur de trouver une fleur solitaire au pied d'un arbre, laissée par le printemps et préservée par l'automne pour te l'offrir; elle sait qu'elle est pour toi. Dieu lui avait dit que tu es destinée à Olga qui viendra ce jour en promenade. C’est une fleur d’automne, un ail des vignes. Elle a une longue tige verte et ses pétales sont rouge clair en bouquet. Je la cueille et cherche à l'agrafer sur un espace de ton corps. Mais tu l'aimes la voir comme toutes les femmes sur ta poitrine; alors calmement doucement délicatement, je l'accroche au boutonnier de ton chemisier; elle te pare, tu es une déesse antique; je la mets en valeur et tout près j'en sens les parfums mêlés à tes voiles de satin bleu éther brillant dont le ton attire un papillon lui aussi rescapé de l'été.

        Sans fatigue nous marchons, main dans la main, comme deux êtres qui se sentent proches l'un l'autre, cherchent à se découvrir; quelle belle sensation : ta main est douce délicate, un velours attendrissant; hélas notre joie ne dure; le vent se lève fort puissant; ses rafales arrachent des plants, brisent des branches, puis tombe la pluie en grosses nappes; alors frileux et craintifs, nous nous réfugions dans ce chalet que nous découvrons non loin du ruisseau. Il fait froid nous allumons le feu dans la cheminée. On s’y allonge tout près on sent la chaleur nous parcourir et tes joues prennent le ton rose. Puis doucement la somnolence nous envahit, vaincus par la fatigue, on souffle dans la nuit noire. Nous embarquons pour le royaume des songes, Olga pose ta tête sur ma cuisse et tombe dans un sommeil profond. Comme un ange, elle dort en souriant, visiblement heureuse de cette aubaine remerciant cette pluie pour enfin se délecter du repos curatif et je lui chante le poème de la vie de l'amour des étoiles.

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